Parmi les complications des voyages d'équipe de tournage, il y a le passage des douanes. On s'est tellement habitué à la libre circulation des personnes et des biens au sein de l'Union Européenne qu'on pourrait oublier que ça ne se passe pas comme ça partout. Mais au-delà des frontières européennes le matériel de tournage, tout comme les personnes de l'équipe, doit avoir ses papiers en règle.
C'est là que tout se complique, car si la douane française demande un carnet ATA en bonne et due forme, celui-ci doit en principe être contresigné par les douanes du pays dans lequel on se rend. Mais il n'est pas reconnu partout. On peut donc se retrouver à revenir en France avec un carnet visé seulement au départ, comme si on était parti et revenu sans jamais se retrouver ailleurs.
Il faut également prendre en compte les réglementations locales, et les complications dues aux changements de programme. On peut, par exemple, avoir un billet pour l'aéroport d'Al Dammam en Arabie Saoudite, en passant par le Bahreïn. Et découvrir qu'on n'est en fait que sur liste d'attente pour le vol, donc qu'il faudra à priori prendre le bus. Ce qui est strictement interdit dans les protocoles sécurité du client. Donc s'arranger pour faire le trajet en voiture. Et découvrir au moment de passer la douane que le Bahreïn n'autorise l'introduction sur son territoire de caméras vidéo professionnelles qu'avec la permission écrite du ministère de l'information… Ce que, bien sûr, je n'ai pas, car nous n'avions, au départ, aucune intention de sortir de l'aéroport.
Après négociation avec les douaniers – aimables, ouverts, même plutôt gênés de devoir appliquer ce règlement – ils nous proposent la solution suivante : la caméra sera mise sous scellé devant moi, et un douanier la transportera de l'aéroport à la frontière avec l'Arabie Saoudite. (Heureusement, le pays est petit.)
Le rendez-vous est donné dans l'immeuble des douanes bahreïniennes, dans le no man's land entre les deux pays. Le douanier y arrive quelques minutes après moi, la caméra, toujours sous scellé, à la main. Caméra qui aura donc traversé le territoire bahreïnien sans jamais y être rentré…

On a tous en tête un classement de pays. Ceux où l’on aimerait aller. Ceux qu'on voudrait éviter à tout prix. Ceux dans lesquels on n'ira jamais. Pour moi, l'Arabie Saoudite se trouvait plutôt dans cette dernière catégorie. Pour les occidentaux, les visas ne sont accordés que pour des visites religieuses – je ne suis pas candidat – ou professionnelles. Le visa touristique n'existe pas. Mais même le visa professionnel n'est pas si simple à obtenir. Je me souviens encore d'une émission de la BBC, suivant un tour du monde en 80 jours effectué par Michael Palin*, dans laquelle il arrivait à la frontière Saoudienne. Le hasard des transports l'obligeait à traverser le pays, le service de l'immigration saoudien le lui interdisait. Après une longue négociation, et sans doute un peu de pression diplomatique, il a eu le droit de traverser, seul, sans son équipe de tournage. La morale est simple : vouloir tourner dans ce pays ne suffit pas pour en obtenir le droit.